Tatiana Pécastaing signe avec Qui que vous soyez, ouvrez ! un premier roman inspiré d’une histoire vraie. Voici pourquoi elle a écrit ce livre.
L’idée de coucher par écrit l’histoire de mes grands-parents me trotte dans la tête depuis mon adolescence — depuis que j’ai été en mesure d’appréhender l’extraordinaire destin de ces deux êtres que le hasard allait réunir loin de leur terre natale.

D’un côté, un grand-père maternel russe blanc, contraint de fuir la Russie en 1920, alors même que son propre père — mon arrière-grand-père — avait été décoré par les Bolcheviks pour avoir eu l’audace de fomenter un attentat contre le tsar, sous l’égide du frère de Lénine, Alexandre Ilitch Oulianov.

De l’autre, une grand-mère paternelle née dans le sud de la Russie, déportée par les Allemands en septembre 1942 et contrainte de contribuer à l’effort de guerre ennemi en fabriquant des obus susceptibles d’être retournés contre ses propres frères, combattants dans l’Armée rouge.
Tout était incroyable dans cette histoire. Leur enfance bouleversée par des événements sur lesquels ils n’avaient aucune prise. La dureté de leur exil. Leur résilience. Leur capacité à fonder chacun de leur côté une famille en France, et leur rencontre inattendue en 1957 — puis l’amitié qui s’ensuivit et qui changea le cours de leur vie.
Je remettais sans cesse ce projet à plus tard, refusant d’admettre que plus le temps passait, moins les témoins de cette histoire extraordinaire seraient nombreux — jusqu’à ce jour de 2019 où, redevenue étudiante à Harvard pour un programme exécutif de sept semaines, un enseignant de « Leadership Development » nous demanda d’écrire sur un bout de papier le projet que nous choisirions de mener à bien si, par un heureux hasard, nous n’avions plus besoin de travailler pour vivre. Puis de réfléchir profondément aux raisons pour lesquelles nous ne le mettions pas en œuvre dès à présent.
C’est à cet instant précis que ce qui aurait dû être une évidence depuis si longtemps m’est apparu clairement. En relisant ce que j’avais écrit — « j’écrirais un livre sur l’histoire de ma famille » — j’ai compris que je ne pouvais plus remettre ce projet à plus tard.
De retour en France, je me suis attelée aux recherches pour mieux comprendre les événements historiques qui avaient encadré la vie de mes grands-parents. J’ai interrogé les témoins encore en vie — dont ma grand-mère, déjà âgée de 94 ans. Puis j’ai commencé à écrire. Ce ne fut pas un long fleuve tranquille. J’ai écrit, réécrit, restructuré… Ma grand-mère a pu lire une première version de ce roman avant de nous quitter en février 2022. Elle était très heureuse de savoir que cette histoire extraordinaire était enfin couchée sur papier. C’est sans doute le plus beau cadeau que ce livre m’ait donné.